Avec sa forme en aile volante et son entrée d’air qui lui confère un air menaçant, il semble tout droit tiré d’un film de Batman ou d’une BD de Black et Mortimer : nEUROn, le démonstrateur européen de drone armé a réussi samedi matin son premier vol dans le ciel d’Istres.
L’essai a duré 25 minutes, sans souci majeur selon Dassault, maître d’oeuvre du projet.
Pour la France et ses partenaires suédois, italien, espagnol, grec, et suisse, c’est un premier pas tangible vers la prochaine génération d’avions de combat,celle qui prendra la relève des Rafale, Eurofighter et Gripen.
Vers 2030 à la louche
On n’en est pas encore là, et nEUROn n’est d’ailleurs bien qu’un prototype. Sitôt ses moteurs coupés au bout d’une campagne d’une centaine d’essais censée durer deux ans, il rejoindra le musée de l’aéronautique militaire.
Mais en matière d’armement, la préparation du futur s’anticipe très longtemps à l’avance. C’est encore plus vrai avec les avions de combat qui manient quelques une des technologiques les plus pointues qui soient, parce qu’elle relèvent de la souveraineté nationale.
C’est en 2003 que tout a commencé. La Marine est sur le point de recevoir ses premiers Rafale. La question qui se pose alors, raconte Eric Trappier Directeur général international de Dassault, n’était pas de lancer un nouveau programme, mais de maintenir le savoir-faire des bureaux d’études.
« Depuis la fin des années 90, on pensait tous que les avions non pilotés constitueraient un des vecteurs du futur », assure-il. Avec une différence de taille par rapport au Rafale : la furtivité, c’est à dire la capacité à être le moins détectable possible par les radars ennemis.
L’avionneur propose alors un projet de démonstrateur à la DGA qui accepte, à condition de partager la facture avec d’autres pays. Saab, qui est déjà dans le boucle, convainc Stockholm de rejoindre l’aventure.
Rome s’engage très vite, suivi de Madrid, Berne, et d’Athènes. En pleine discussions sur le programme JSF, Londres préfère jouer la carte américaine. Berlin reste à part également, faute d’avoir trouvé un terrain d’entente avec les Français.
Sans doute parce que pour EADS, le champion aéronautique en Allemagne, le montage industriel était difficilement acceptable : la règle de départ imposait que Dassault assure la maîtrise d’oeuvre, les autres partenaires industriels se partageant la moitié de la charge de travail, chacun en apportant une compétence spécifique.
A l’opposé de la plupart des projets militaires en coopération, c’est la clé du succès, martèle l’avionneur français (lire ci-dessous). La preuve, affirme-t-il, le budget de 400 millions d’euros a été respecté, et le calendrier n’a dérapé que de quelques mois. nEUROn a mobilisé jusqu’à 400 ingénieurs et c’est, la première fois qu’un aéronef militaire a été conçu en « plateau virtuel », c’est à dire que les bureaux d’études des six industriels ont partagé les mêmes bases de données en temps réel et à distance.